Habitation - Trucs et conseils - Algues bleues : des pistes claires pour les eaux troubles

Les algues bleues font leur petit bout de vie depuis 3 milliards d’années, le plus souvent sans causer de problèmes. Or, depuis quelques années, ces minuscules cyanobactéries, à la base de la chaîne alimentaire des écosystèmes aquatiques, refont surface – et le mot est juste – dans plusieurs de nos lacs. Les riverains en ont une peur bleue et plusieurs municipalités du Québec commencent sérieusement à s’inquiéter de leur prolifération. Il est possible et pressant d’agir pour freiner ce phénomène. Portrait d’un combat vital pour la survie de nos cours d’eau.

Une fleur d’eau de couleur bleu-vert
Généralement invisibles à l’œil nu, les cyanobactéries forment une fleur d’eau (bloom) verte ou turquoise à la surface de l’eau lorsqu’elles se reproduisent à une vitesse folle. La chose peut prendre l’allure d’un déversement de peinture ou d’une purée de légumes. Parfois, on observera une écume visqueuse et malodorante sur le rivage.

Nos cours d’eau vieillissants : un milieu propice à la prolifération
Ces fleurs d’eau se forment quand l’eau d’un lac contient un excès d’azote ou de phosphore. Et comme les cyanobactéries adorent les eaux calmes, peu profondes et tièdes, elles prolifèrent rapidement dans les plans d’eau eutrophisés, c’est-à-dire vieillissants. À la fin de leur vie, certaines cyanobactéries libèrent des toxines dans l’eau, lesquelles représentent un danger potentiel pour la santé humaine et animale.

Votre santé mise à risque
Le contact ou l’ingestion d’une eau contaminée aux cyanobactéries peut affecter votre santé et celle de vos animaux de compagnie. Ingérée, elle provoque des désordres intestinaux, des maux de tête et de la fièvre, alors qu’en contact direct, elle risque d’engendrer des irritations de la peau, des yeux et du nez, ou des maux de gorge.

Un fragile équilibre déstabilisé par l’activité humaine
Le phosphore est un élément chimique essentiel à la vie que la nature a la sagesse de produire en petite quantité. Or, l’activité humaine vient chambouler ce précieux équilibre en rejetant dans la nature de grandes quantités de phosphore. Les coupables sont nombreux et les sources multiples :

  • exploitation forestière, mise à nu des sols et déstabilisation de l’environnement;
  • activités agricoles, épandage d’engrais et de fertilisants;
  • déboisement des bandes riveraines;installations septiques désuètes, mauvais contrôle du rejet des eaux usées;
  • utilisation de détergents et de produits de nettoyage à forte concentration de phosphate.

Tous ces gestes nocifs et répétés mettent nos plans d’eau en péril.

Les riverains au front!
Des chercheurs ont calculé qu’en moyenne, chaque individu habitant dans un rayon de 100 mètres autour d’un lac libère une quantité de phosphore équivalente à ce que libère naturellement un hectare de forêt. On comprend mieux l’urgence d’inciter les riverains à attaquer l’ennemi de front. Mais par où commencer?

  • Rassemblez les propriétaires riverains – La création d’une association de propriétaires riverains permet de sensibiliser les gens au problème et de travailler collectivement à la protection du lac et de ses berges.
  • Laissez la nature reprendre ses droits – Plus de tonte de pelouse, de débroussaillage ni d’épandage d’engrais sur une bande de 10 à 15 mètres bordant le lac.
  • Rétablissez le tapis forestier – Régénérez les berges en semant des plantes herbacées conçues spécialement pour la renaturalisation ou la stabilisation des rives et plantez des arbustes adaptés au milieu riverain. Les racines stabiliseront le sol, filtreront les polluants et retiendront les éléments nutritifs autrement entraînés dans les cours d’eau. De plus, l’ombre diminuera le réchauffement de l’eau, qui contribue à la prolifération des algues.
  • Vérifiez et vidangez votre installation septique – Assurez-vous de la conformité de l’installation de votre fosse septique et procédez à son entretien et à sa vidange, conformément à la réglementation provinciale (vidange aux deux ans pour les résidents permanents et aux quatre ans pour les villégiateurs). Un refoulement ou la lenteur d’absorption de plusieurs drains trahira une installation déficiente. À l’extérieur, le signal pourra venir d’un sol continuellement imbibé ou spongieux, de l’odeur d’égout perceptible après une pluie ou de la détection de coliformes fécaux (bactérie E. coli) dans un puits ou un fossé avoisinant.

    Un meilleur contrôle du déversement des eaux usées diminuera l’acheminement de phosphore vers les eaux souterraines et conséquemment vers le milieu aquatique.
  • Interdisez les embarcations nautiques motorisées puissantes – Leurs vagues provoquent l’érosion des berges et le brassage de l’eau généré par leurs puissants moteurs libère le phosphore accumulé en grande quantité dans les sédiments présents au fond du lac.
  • Optez pour des pratiques horticoles respectueuses du milieu aquatique – Ne faites aucun épandage d’engrais ou de fertilisants dans la bande riveraine et abandonnez l’usage de pesticides. Pour plus de détails, consultez le site de la Coalition pour les alternatives aux pesticides et cliquez sur « pelouse ».
  • Choisissez des détergents et des produits de nettoyage bio ou sans phosphate – Un must pour tous et à plus forte raison pour les riverains. Il existe maintenant des détergents à lessive et à lave-vaisselle bio, sans phosphate et sans chlore pour remplacer les produits d’usage courant. CAA-Québec a d’ailleurs mis en ligne une liste détaillée de produits de nettoyage à privilégier à la maison. De son côté, Protégez-vous a diffusé, en mars 2008, le résultat de son enquête sur certains détergents sans phosphate et présenté une liste de détergents en tenant compte de leur teneur en phosphore.

Que faire si vous soupçonnez un problème d’algues bleues?

  • D’abord, assurez-vous qu’il s’agit bien d’une fleur d’eau d’algues bleu-vert – Les algues formées par les cyanobactéries peuvent aisément être confondues avec un autre phénomène aquatique, sans risque pour la santé. Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec (MDDEP) a donc produit un guide d’identification qui permet de vérifier si vos soupçons sont fondés.
  • Vérification faite, vos soupçons sont confirmés – Vous devez signaler immédiatement la situation aux autorités. Durant les heures de bureau, contactez la direction régionale du MDDEP et demandez la personne responsable du dossier des algues bleu-vert. En dehors de ces heures, contactez Urgence-Environnement au 1 866 694-5454.
  • Cessez d’utiliser cette eau – N’en buvez pas, ne l’utilisez pas pour faire des glaçons ou pour laver et préparer les aliments. La faire bouillir n’élimine pas les toxines.
  • Évitez tout contact direct – Ne vous baignez pas dans cette eau et cessez toute activité aquatique pouvant occasionner son ingestion accidentelle.
  • Ne consommez aucun poisson ou plante aquatique provenant du plan d’eau.
  • N’ajoutez pas d’algicide dans l’eau du lac – L’algicide provoquerait la mort des cyanobactéries, ce qui aurait pour effet de libérer les toxines dangereuses.

Avis publics : nouvelle position du gouvernement du Québec
Depuis 2008, le gouvernement du Québec n’émet plus automatiquement de mise en garde chaque fois que des cyanobactéries sont détectées dans un plan d’eau, afin d’éviter d’alarmer inutilement la population. Seule la liste des plans d’eau touchés par une interdiction de baignade ou de consommation de l’eau est diffusée par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs.

Autres sources d’information
Portail Québec www.gouv.qc.ca

Services Québec :
Région de Québec 418 644-4545
Région de Montréal 514 644-4545
Ailleurs au Québec 1 877 644-4545 (sans frais)



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