Simon Bourassa
Ça fait rêver de parler de voyage, mais c’est un domaine qui a subi beaucoup de transformations, beaucoup de perturbations au cours des dernières années. Que ce soit en raison de la pandémie, oui, mais aussi en raison de la situation économique.
Mais c’est surtout un domaine qui a su revenir en force, qui a su bien se relever. Les gens voyagent plus que jamais, mais le font différemment. Que ce soit dans leur manière de voyager, dans les attentes qu’ils ont, dans les destinations aussi qui ont changé.
(Thème musical)
Simon Bourassa
Je m’appelle Simon Bourassa. Bienvenue dans ce nouvel épisode du balado Sans détour de CAA-Québec. Aujourd’hui, j’accueille Manon Girardin, qui est directrice adjointe du centre Voyages de Sherbrooke. Avec Manon, on va parler de tendances voyage.
(Suite et fin du thème musical)
Simon Bourassa
Bonjour Manon!
Manon Girardin
Allô Simon!
Simon Bourassa
On entend et on voit beaucoup de gens voyager autour de nous. Il suffit de faire le tour de nos réseaux sociaux. Est-ce que c’est simplement un mythe ou les gens ont vraiment recommencé à voyager en force?
Manon Girardin
Les gens ont vraiment recommencé à voyager en force. Je dirais même plus qu’avant 2019. Si on se fie aux chiffres de Statistique Canada, c’est là qu’on constate que ça voyage plus qu’avant.
Puis c’est surtout au niveau des voyages internationaux aussi, je dirais là, les gens ont visité, voyagé localement pendant la pandémie, là on a repris, on veut aller ailleurs sur la planète.
Simon Bourassa
OK, les gens ont le goût de sortir. Toi, tu baignes dans le voyage quotidiennement. Qu’est-ce que tu remarques le plus là, qu’est-ce qui frappe le plus en matière de changement dans la manière que les gens ont de voyager différemment? Bon, attentes, destinations, qu’est-ce que les gens recherchent?
Manon Girardin
Ben dans le fond tu l’as bien dit, les gens ont des attentes et des besoins différents. Ils veulent voyager autrement. On le voit dans les tendances qu’on va parler justement ensemble aujourd’hui, puis dans les nouvelles destinations aussi qui émergent là présentement.
Simon Bourassa
Si on parle de tendances, donc de façons de voyager là, qu’est-ce qui te vient en tête dans ce que les gens recherchent le plus?
Manon Girardin
Le «voyage lent», plus communément appelé le «slow travel». Notre vie, c’est une course effrénée. On est dans un rythme soutenu dans le quotidien. On a le goût de se sortir de ça quand on voyage.
Donc on choisit une destination pour se poser, puis rester là un bon moment. Vivre comme les locaux, prendre le temps de se poser, de vivre la destination, de connaître la culture locale, c’est vraiment une grosse tendance qu’on voit émerger ces temps-ci.
Simon Bourassa
On parle même de «circuit en étoile». C’est quoi exactement ça?
Manon Girardin
Ben le circuit en étoile, dans le fond, c’est on choisit une destination, encore là, on se pose, mais on rayonne autour de cette destination-là. Donc à tous les jours, on peut, à une distance de voiture, revenir, on fait une excursion, on visite un lieu touristique, on va à la plage.
Donc c’est cette façon-là de voyager pour pouvoir découvrir le plus possible, mais sans avoir à sortir de nos valises et changer d’hébergement de jour en jour.
Simon Bourassa
OK, donc on revient à notre hébergement à chaque fois à toutes les fins de journée, plutôt que de se…
Manon Girardin
… que refaire la valise, repartir et faire un itinéraire différent.
Simon Bourassa
C’est ça.
Manon Girardin
Donc on découvre la région qu’on a choisie, la destination.
Simon Bourassa
Ça vient aussi un peu avec la volonté d’un tourisme un peu plus responsable. On a l’impression que les gens sont plus sensibles à ça. Mais ce que c’est vrai? Est-ce que les gens, les voyageurs cherchent à voyager de manière plus responsable?
Manon Girardin
Oui, effectivement, Simon, les gens sont plus informés, sont soucieux aussi de l’impact qu’ils peuvent avoir en voyage. Parce que présentement, avec tout ce qui se passe avec les changements climatiques, les gens sont conscients là qu’on a une part à faire en tant que voyageurs et voyageuses à destination pour respecter les communautés locales.
Mais on sent aussi, ben pas on sent, c’est vraiment, c’est réel, chez nos fournisseurs, chez les croisiéristes, chez les voyagistes, les plateformes Web, il y a des gestes qui sont posés pour respecter justement la faune, la flore, avoir une éthique à destination et respecter tout ce merveilleux monde pour pouvoir continuer à voyager aussi.
Simon Bourassa
Ben c’est une bonne nouvelle. C’est l’fun de savoir que tout le monde fait un peu sa part et est conscient de l’impact que peut avoir le voyage. D’ailleurs, on a un épisode complet sur le tourisme responsable, avec toi, Manon.
Manon Girardin
Oui, j’aurai des recommandations à vous faire à ce moment-là.
Simon Bourassa
Excellent, on reste à l’affût, on va écouter ça.
Bon, parlant de réduire son impact quand on voyage, il y a le phénomène des «destinations déviées» aussi. C’est quoi exactement?
Manon Girardin
En fait, les «destinations déviées», on les appelle aussi les «detour destinations», c’est de choisir une destination, une destination un peu comme je parlais au départ, moins populaire.
Donc au lieu de choisir Paris quand on va en France, mais on peut peut-être se diriger vers Grenoble, Lyon, Avignon. On va voir des attraits encore là moins classiques, on va être plus proche de la population, on va vivre une expérience totalement différente.
Puis pour éviter aussi le surtourisme. Mais, je dirais, c’est surtout une recherche d’authenticité et d’attraits uniques que les gens ont moins l’habitude d’aller découvrir.
Simon Bourassa
Ouais, surtourisme, c’est plate pour le voyageur, mais c’est plate aussi pour les communautés locales. Il y a de plus en plus de gens qui se plaignent de ça.
Manon Girardin
Ben absolument, on l’a vu avec Barcelone. Barcelone, il y a eu des manifestations, les habitants, à un moment donné, à force d’avoir du tourisme dans leur ville, oui ça fait rouler l’économie, mais en même temps c’est irritant pour les habitants locaux.
On le voit aussi avec Venise qui a diminué aussi, ou qui a arrêté les gros croisiéristes, à arriver à cette destination-là. Puis il y a même aussi une surtaxe à payer pour entrer à Venise. Je sais pas si c’est entré en vigueur ou ça s’en vient là. Mais on voit de plus en plus ça aussi pour éviter le surtourisme.
Simon Bourassa
OK, mais les gens veulent quand même continuer d’aller à Venise même si les gens de Venise veulent plus les voir.
Manon Girardin
Exactement, Venise sera toujours Venise, oui.
Simon Bourassa
C’est l’fun de visiter une destination qui est pas trop bondée, donc on peut choisir la destination. On peut choisir aussi à quel moment on la visite. Il y a des voyageurs aussi qui veulent sortir des sentiers battus, puis ils peuvent le faire via une autre tendance qu’on appelle aussi le JOMO.
Manon Girardin
Ouais, moi je suis une adepte du JOMO. Oui, j’aime vraiment ça. Dans le fond, c’est le «joy of missing out», la joie de rater quelque chose. Mais ça, c’est au premier degré. Faut le prendre au second degré: de pas se sentir coupable de manquer un attrait quand on va dans une telle destination.
C’est l’inverse du FOMO, le «fear of missing out», dans le fond: quelqu’un qui a un itinéraire puis on suit l’itinéraire, faut rien manquer. Mais là les gens, on est rendus ailleurs, là. On veut dans le fond prendre notre café le matin sur notre terrasse de notre hébergement, voir le coucher du soleil. Ça aussi c’est un attrait en soi, vivre la destination. Donc oui, le «joy of missing out», c’est vraiment une tendance.
Simon Bourassa
Ça rejoint aussi la tendance de voyager plus lentement. Tu sais, qui dit voyage dit vacances, là, on n’est pas supposé avoir un horaire, enfin on n’est pas obligé d’avoir un horaire «booké» au quart de tour.
Manon Girardin
Oui, effectivement, je pense qu’il faut trouver un équilibre entre le voyage et les vacances. Pour pouvoir quand même découvrir, mais aussi revenir ressourcé de cette expérience-là.
Simon Bourassa
Il faut toujours se dire qu’on pourra retourner à la destination, qu’on visite aussi, à un autre moment dans notre vie. On n’est pas obligé de tout voir la première fois là.
Manon Girardin
Effectivement, il y a des villes chouchous dans le monde qu’on aime. Je sais pas pour toi, mais moi j’ai, j’en ai une en tête là que je retourne, retourne, retourne.
Simon Bourassa
Toi, c’est New York, hein?
Manon Girardin
C’est New York. Et toi?
Simon Bourassa
Moi, c’est Paris.
Manon Girardin
C’est Paris?
Simon Bourassa
Ouais, c’est ça.
On peut y retourner, donc on est pas obligé de tout voir la première fois.
Manon Girardin
Absolument. On le sait!
Simon Bourassa
Les agences de voyages, les fournisseurs de services aussi s’adaptent en offrant des options qui permettent aux gens de ralentir le rythme sur place.
Manon Girardin
Oui, puisque c’est une tendance. Donc chez les fournisseurs, on peut réserver plus des styles villas, des maisons. On le voit surtout avec les tendances, la tendance du multigénérationnel: partir, grand-papa, grand-maman, maman, papa, les petits-enfants. Donc oui, effectivement, ce sont des options.
Ou aussi les petits groupes privés. On peut partir en petit groupe privé accompagné, c’est une autre tendance aussi là pour ralentir le rythme et être moins dans la foule.
Simon Bourassa
On veut se créer des souvenirs, on veut vivre une expérience en voyage. Ça peut être aussi simple qu’une expérience gastronomique.
Manon Girardin
Absolument, parce que découvrir une destination, c’est aussi la savourer. Donc avoir une expérience culinaire, découvrir les destinations par le goûter, on peut le faire par une activité culinaire, un cours de cuisine ou encore visiter un site agrotouristique.
On peut découvrir des endroits où ils font le fromage, des fabriques de prosciutto. Aller goûter la destination, c’est vraiment une belle façon de découvrir.
Simon Bourassa
Les vignobles sont bien populaires en Europe aussi.
Manon Girardin
Très populaires.
Simon Bourassa
France, Italie, je pense que c’est un incontournable?
Manon Girardin
Absolument.
Simon Bourassa
On peut vivre aussi des expériences uniques en voulant voyager dans des endroits qu’on a déjà vus quelque part, que ce soit lieux de tournage de films ou de séries télé. Ça aussi c’est très populaire.
Manon Girardin
Ouais, c’est une tendance. Puis on voit comme des sites, les gens retournent au Royaume-Uni pour voir encore les lieux d’Harry Potter, la Nouvelle-Zélande pour Le seigneur des anneaux, on le voit aussi Game of Thrones par la Croatie. Donc oui, les gens veulent aller voir les sites où est-ce que leurs films préférés ont été tournés.
Simon Bourassa
À New York, justement, le lieu de… il y a des circuits touristiques pour des lieux de tournage de Sex and the City, de Friends. Plus récemment Emily à Paris aussi.
Manon Girardin
Oui, c’est une autre tendance, on appelle ça le [set-jetting], donc aller visiter ces lieux-là où les petites scènes de nos séries chouchous ont été tournées.
Simon Bourassa
Ça paraît évident, mais les gens veulent voir aussi des paysages naturels éblouissants, mais aussi voir des phénomènes naturels à destination.
Manon Girardin
Oui, si je te parle d’éclipse solaire, ça te dit quelque chose?
Simon Bourassa
Ça me dit de quoi, oui.
Manon Girardin
Oui, ç’a attiré beaucoup de visiteurs, hein, chez nous en 2024. Les gens aussi veulent visiter des lieux comme l’Islande, la Norvège, pour des spectacles comme les aurores boréales. Il y a les volcans d’Hawaï, du Costa Rica, la formation géologique du Grand Canyon qui attire beaucoup de visiteurs annuellement.
On a aussi les déserts, le désert du Sahara, on a des safaris au Kenya, donc c’est vraiment des destinations où les gens vont découvrir des belles choses naturelles.
Puis aussi beaucoup de gens ont sur leur «bucket list» de visiter l’Antarctique, les îles Galápagos, d’autres destinations aussi plus exotiques.
Simon Bourassa
Donc les gens voyagent, oui pour l’architecture, pour l’expérience gastronomique, mais encore beaucoup pour ce que la nature a à offrir.
Manon Girardin
Oui, parce qu’elle a tellement de belles choses à nous offrir. Mais il faut faire attention à notre nature, hein, pour assurer la pérennité de ces beaux endroits-là, pour pouvoir y retourner, puis faire découvrir à nos enfants.
Simon Bourassa
Ouais, on veut encore voyager longtemps dans ces endroits-là. Merci, Manon, d’avoir été là pour nous parler de tendances voyage, ça donne le goût de partir.
Manon Girardin
Absolument, c’était un réel plaisir! Puis on a toujours le goût de partir!
Simon Bourassa
Manon Girardin est directrice adjointe au centre Voyages de Sherbrooke. On a pu profiter aujourd’hui de ses connaissances, de son expertise en tendances voyage, question de s’inspirer pour nos prochaines destinations.
Je m’appelle Simon Bourassa. C’était Sans détour, le balado de CAA-Québec. Merci d’avoir été là. On se retrouve bientôt pour un autre épisode.
(Thème musical)
