Patience avant de changer d’auto!
Tout le monde l’a vu à la télé, lu dans les médias sociaux ou constaté chez un marchand: les stocks de véhicules se font rares dans certaines catégories et les montants offerts pour les modèles d’occasion atteignent des sommets. Mais plus que jamais, il vaut mieux prendre un pas de recul avant de remplacer sa voiture.
Sept mille dollars de plus que la valeur résiduelle inscrite dans le bail de location: voilà ce qu’un concessionnaire de la Capitale-Nationale a offert, cet été, au propriétaire d’un populaire VUS intermédiaire qui le rapportait à la fin de l’entente de quatre ans. Cet automobiliste a trouvé un véhicule de remplacement du même type directement dans la salle de montre de l’établissement, si bien qu’il a sauté sur l’occasion et qu’il utilisera le surplus pour réduire, une à la fois, les mensualités de son nouveau bail.
Tout le monde n’a cependant pas cette chance. Les témoignages d’offres mirobolantes pour des véhicules usagés pleuvent aux services-conseils automobiles de CAA-Québec, mais plusieurs membres déchantent lorsqu’ils apprennent qu’ils devront attendre de longs mois avant d’obtenir le nouveau modèle de leur choix.
Gare à l’appât du gain
La tentation peut alors être forte d’acquérir un véhicule plus cher ou mal adapté à ses besoins, simplement pour «faire un coup d’argent». C’est précisément ce contre quoi mettent en garde les agents des services-conseils autos, surtout si le véhicule doit être financé sur une longue période.
Les termes de prêts atteignent maintenant jusqu’à 10 ans (!) pour des modèles à fort prix comme les camionnettes pleine grandeur. Après quelques années, un consommateur qui désire revendre un véhicule financé sur une longue période risque fort de se retrouver avec une dette supérieure à la valeur marchande. Il doit alors payer la différence de sa poche ou, pire, l’ajouter au prêt associé à un nouvel achat. Commence alors la spirale de l’équité négative, communément appelée «balloune» dans le jargon automobile.
Le marché ne restera pas toujours en feu; les valeurs vont finir par rediminuer, et c’est pourquoi il faut éviter d’acheter n’importe quel véhicule sur un coup de tête.
Des véhicules plus rares que d’autres
Quelques associations de concessionnaires ont confirmé nos observations sur le terrain: il existe bel et bien une pénurie de véhicules neufs, mais pas dans toutes les catégories. Les camionnettes pleine grandeur telles les Chevrolet Silverado, Ford F-150 et RAM 1500 sont particulièrement touchées, au même titre que plusieurs véhicules électrifiés. Certains multisegments manquent aussi à l’appel dans les cours des concessionnaires. Tous segments confondus, le phénomène concerne davantage les constructeurs américains et allemands que les asiatiques, selon Denis Dessureault, vice-président exécutif de la Corporation des concessionnaires d’automobiles de Montréal.
Mais dénicher une berline, une voiture à hayon ou un modèle de luxe à votre goût ne devrait pas poser trop de problèmes. Comme les pick-ups, ces autos ne peuvent pas fonctionner sans les puces électroniques dont la rareté freine actuellement la production chez plusieurs constructeurs. Les voitures «traditionnelles» sont cependant moins recherchées que les camionnettes de tout acabit, et produites en plus grand nombre que la plupart des véhicules électriques, ce qui en assure un approvisionnement suffisant.
Plus de magasinage, moins de négociation
Il demeure donc tout à fait possible de remplacer votre auto, mais il faut plus que jamais vous y préparer. Les sites Web des constructeurs deviennent de précieux alliés avant toute visite chez un concessionnaire.
«Consultez les sites et leurs outils de configuration pour vous familiariser avec les modèles, les versions et les ensembles optionnels offerts, conseille Maxime Dubois, agent des services-conseils automobiles de CAA-Québec. Cela vous aidera à déterminer quels équipements sont essentiels et desquels vous accepteriez de vous passer, en plus de vous donner une idée des mensualités.»
C’est d’autant plus avisé que la rareté de certains modèles réduit fortement la possibilité de négocier avec le concessionnaire. Ce dernier sait très bien que si un client ne veut pas payer le prix demandé, le prochain ou le suivant le fera sans rechigner. Le détaillant risque aussi d’être peu enclin à échanger un modèle avec celui d’un autre concessionnaire pour sceller une vente.
«Pour garder un certain pouvoir de négociation, il faut être indulgent à propos de la couleur, du choix de certaines options et de l’installation d’accessoires comme des marchepieds», illustre Denis Dessureault.
Certains constructeurs et concessionnaires affichent en ligne les stocks de chaque établissement. «Tâchez de trouver l’information et rendez-vous directement chez un concessionnaire qui détient déjà le modèle convoité», conclut Maxime Dubois.