1 - Chemin Pink
Gatineau - Outaouais

Pour une 11e année, la campagne Les pires routes a permis aux citoyens Québécois de signaler les routes qu'ils estiment les plus mal en point de la province. Palmarès par région
Voici le palmarès provincial
Gatineau - Outaouais
Gatineau - Outaouais
Gatineau - Outaouais
Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup - Bas-Saint-Laurent
Gatineau - Outaouais
Chelsea - Outaouais
Saint-Boniface - Mauricie
Saguenay - Saguenay–Lac-Saint-Jean
Chelsea - Outaouais
Sainte-Croix - Chaudière-Appalaches
* Il est à noter que le chemin Kilmar apparaît au palmarès pour la deuxième année consécutive. En dépit d’importants travaux effectués en 2015 sur différents tronçons, d’autres sections nécessitent des réparations majeures.
Vous vous êtes probablement déjà questionné au sujet de l’état des routes au Québec. Pourquoi semblent-elles plus abîmées qu’aux États-Unis ou dans d’autres provinces? Pourquoi avons-nous l’impression que toutes les sommes investies pour leur entretien ne suffisent pas?
CAA-Québec a interrogé des spécialistes pour répondre à toutes ces questions.
Alan Carter est professeur et responsable du laboratoire sur les chaussées et les matériaux bitumineux à l’École de technologie supérieure (ÉTS). Guy Doré est professeur titulaire à la Faculté de génie civil de l’Université Laval. Bonne nouvelle, ils ont réponse à tout!
Alan Carter: Pas vraiment. Si l’état des routes peut différer d’une province à l’autre, globalement, c’est assez similaire. Ainsi, entre 15 % et 25 % des chaussées sont en mauvais ou très mauvais état. C’est trop, mais ces chiffres sont en baisse. Il est, toutefois, important de mentionner qu’une analyse globale du réseau canadien est difficile à effectuer puisqu’il n’y a pas de base de données et que les critères de qualité diffèrent d’une province à l’autre.
Guy Doré: Les quelques études sur le sujet placent tout de même le Québec en queue de peloton en comparaison avec les autres provinces. Or, il faut être prudent sur ces statistiques puisque les provinces et territoires n’ont pas tous les mêmes façons d’établir et de rapporter l’état des routes.1
Alan Carter: Selon ma compréhension, un meilleur entretien de ces autoroutes est effectué.
Guy Doré: La comparaison est cependant fortement biaisée par le fait que les Québécois voyagent sur des routes locales et régionales du Québec avant de traverser aux États-Unis ou en Ontario, où ils circulent sur les réseaux majeurs (Interstate et autoroutes en Ontario). Notons aussi que le réseau d’Interstate des États-Unis est fortement financé par le fédéral.
Alan Carter: Le réseau supérieur est en meilleur état que le réseau municipal en raison d’un manque flagrant de financement pour ce dernier. De plus, dans certaines municipalités, il peut y avoir un manque de connaissances pour optimiser la qualité et la durée de vie des chaussées.
Guy Doré: En général, les routes des réseaux municipaux sont en moins bon état que les routes des réseaux supérieurs. Parmi les raisons principales, notons les excavations fréquentes pour l’installation et l’entretien de réseaux souterrains (égout, aqueduc, gaz, etc.) et la sollicitation intense par les autobus urbains et les véhicules lourds. De plus, en milieu rural, les routes souffrent d’un déficit d’entretien important.
Alan Carter: L’effet du gel-dégel, fréquent au Québec, accélère la dégradation. Les nids-de-poule apparaissent quand l’eau pénètre la structure de la chaussée. N’importe quel défaut de surface provenant d’une chaussée trop vieille, d’une mauvaise conception, d’un mauvais choix de matériaux ou d’une mise en œuvre défaillante permet à l’eau de s’infiltrer et de créer des nids-de-poule.
Guy Doré: Au printemps, les conditions qui favorisent la formation de nids-de-poule sur les chaussées déjà endommagées sont réunies : soulèvement de la chaussée par l’action du gel et du dégel, abondance d’eau dans les fondations et circulation routière.2
Alan Carter: C’est essentiel pour assurer la sécurité des usagers et pour ralentir la dégradation des chaussées.
Guy Doré: C’est aussi nécessaire à court terme pour faciliter la circulation.
Alan Carter: Il y a maintenant moins d’ornières sur les autoroutes qu’auparavant. Il existe deux types d’ornières : celles dues à un problème structural et celles liées à la formulation ou à la mise en œuvre des enrobés.
Guy Doré: Les ornières qui apparaissent dans les premières années après le pavage résultent d’une mauvaise formulation de l’enrobé (matériaux) bitumineux ou d’une mauvaise mise en œuvre c’est-à-dire d’une qualité de construction défaillante notamment au niveau du compactage. Mais cette situation est peu fréquente.
Les ornières apparaissent surtout en fin de vie utile des routes (20 ou 30 ans), en raison de leur vieillissement normal. Un problème croissant est celui de la formation d’usure causée par l’usage plus répandu de pneus à crampons.3
Alan Carter: Une combinaison du trafic lourd et du climat. En réalité, les voitures ont un impact minime sur la dégradation des chaussées. Selon nos études, si les cycles gel-dégel causent des dégradations, les abrasifs ont peu d’impact.
Guy Doré: En général, les routes locales sont plus affectées par les effets du climat, notamment le gel et le dégel. Les autoroutes et routes nationales sont davantage affectées par les effets des véhicules lourds. Les sols sont aussi un facteur important. Certains, plus sensibles au gel et à l’eau, causeront davantage de dommages.
Alan Carter: Les opérations d’entretien endommagent peu les chaussées. Cependant, certaines opérations de déneigement usent la surface. En effet, le contact direct des lames du chasse-neige avec la route peut davantage accélérer la dégradation des chaussées.
Guy Doré: Enlever la neige à la surface des routes l’expose également aux effets du gel. Une surface exposée causera une pénétration du gel sous la surface. Les sels de déglaçage peuvent causer du dommage lorsqu’ils s’infiltrent dans la fondation de la chaussée par les fissures.
Alan Carter: Beaucoup. On doit tenir compte de la rigidité du sol, mais aussi de sa sensibilité au gel. Au Québec, l’épaisseur des structures de chaussée est fortement influencée par la profondeur de la pénétration du gel et du type de sol.
Guy Doré: Oui, certains sols sensibles au gel et à l’eau causeront davantage de dommages. D’autres mécaniquement faibles ou compressibles entraineront des dommages causés par des véhicules lourds.
Alan Carter: Ça dépend. Plusieurs chaussées construites dans les années 50 et 60, pour une durée de vie de 15 ans, existent toujours. Elles ont été réhabilitées, mais n’ont pas été conçues pour supporter l’augmentation du trafic.
Guy Doré: Lors de la construction, les concepteurs appliquent généralement un facteur d’accroissement du trafic. Celui-ci est cependant très difficile à déterminer.
Alan Carter: Si on retrouve plusieurs types de marquage, aucun n’est permanent. La peinture doit être visible, sans rendre les chaussées glissantes.4
Guy Doré: L’utilisation d’abrasifs en surface et les pneus à crampons sur les véhicules font partie des raisons.
Alan Carter: Bien sûr. On construit très peu de chaussées neuves au Québec. En raison de la réhabilitation et parfois de la reconstruction, seulement les couches supérieures de la chaussée sont refaites. Lorsque la reconstruction est effectuée en profondeur, il est possible de produire des chaussées plus durables, en augmentant les épaisseurs et en utilisant les bons matériaux.
Guy Doré: Les solutions pour construire des routes durables sont connues, mais pareil réseau serait hors de prix.
Alan Carter: La qualité est équivalente à celle utilisée ailleurs. Nous avons de très bons granulats au Québec, et les critères pour la sélection des bitumes sont similaires partout en Amérique du Nord. Il est donc possible de faire des enrobés à durée de vie plus élevée. Or, ils sont plus chers. Il serait possible de payer plus pour avoir des chaussées plus durables, mais chaque cas étant unique, il serait préférable d’effectuer des analyses de cycle de vie pour optimiser les investissements.
Guy Doré: Les concepteurs de chaussées routières cherchent à maximiser la performance des routes à l’intérieur des contraintes imposées. La plus importante est le budget de construction puis d’entretien.5
Alan Carter: Les chaussées en béton bien construite peuvent présenter une bonne durée de vie. Ces chaussées sont toutefois difficiles à réparer, donc moins adéquates pour des réparations sous les chaussées, particulièrement en ville. Aucune solution n’est universelle : le béton est parfois idéal, parfois c’est la chaussée en enrobé et parfois, c’est la chaussée mixte, avec béton et enrobé.
Guy Doré: Le béton et les enrobés bitumineux sont deux matériaux de qualité. Ils doivent être appliqués au bon endroit, de la bonne façon.6
Alan Carter: L’utilisation de matériaux recyclés est une avenue intéressante techniquement, financièrement et sur le plan environnemental. D’autres produits, comme le verre et les plastiques recyclés, le bardeau d’asphalte, les fibres, la lignine, les rajeunissants, les additifs pour enrobés tièdes ou anti-désenrobage offrent des apports intéressants en matière d’économies ou d’environnement.
Guy Doré: Il existe plusieurs technologies prometteuses (verre recyclé, verre cellulaire, etc.) qui pourraient devenir de bons matériaux alternatifs.7
Alan Carter: Oui. La construction, l’entretien et la réhabilitation des infrastructure est un important moteur de relance économique. Plus on attend pour redresser le niveau des infrastructures, plus les coûts augmentent. À court terme, les coûts sont élevés, mais à long terme, l’investissement sera rentable.
Guy Doré: Définitivement.
Alan Carter: Il faudrait investir davantage pour empêcher la dégradation du réseau. Les investissements actuels permettent tout juste de maintenir l’état du réseau.8
Guy Doré: Non, puisque la condition des routes se détériore, on n’a pas le choix d’investir plus et de faire mieux.
Alan Carter: Oui et non. Le principe du plus bas soumissionnaire conforme permet de faire convenablement des petits projets, et ce, pourvu que les exigences soient bien adaptées. Toutefois, cette approche empêche les entreprises d’être innovantes en testant des matériaux différents ou de nouvelles techniques qui aideraient à améliorer l’état du réseau.
Guy Doré: Plusieurs modèles innovants de gestion mériteraient d’être considérés. Mais c’est très difficile de changer les façons de faire. Le modèle du plus bas soumissionnaire conforme peut très bien fonctionner si cette conformité s’établit en fonction d’exigences strictes.
Guy Doré: On a le réseau routier qu’on est capable de se payer. Le Québec est un immense territoire, abrite une population relativement faible et compose avec un climat rigoureux. Chaque ajout de route réduit notre capacité à entretenir convenablement le réseau actuel. Les utilisateurs doivent avoir des attentes raisonnables, tout en insistant pour consacrer des ressources à la mise à niveau et à la préservation des réseaux existants.
Pour l’année 2022-2023, des investissements totalisant 759,4 M$ ont été réalisés pour la conservation du réseau routier québécois*. Ces investissements ont permis de réaliser des interventions sur 1 478 km de chaussées en 2022, soit des travaux de réfection sur 897 kilomètres pour corriger les déficiences de la chaussée, des travaux provisoires sur 314 kilomètres pour rétablir temporairement le bon état de chaussées très détériorées, ainsi que des travaux préventifs sur 267 kilomètres pour préserver les chaussées en bon état, et ainsi prolonger leur durée de vie.
Pour la conservation des structures du réseau supérieur, toujours en 2022-2023 et dans l’ensemble du Québec, les investissements se chiffraient à plus de 1 189,1 M$, plus 122,6 M$ pour les ponts municipaux, dont la gestion incombe au ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD).
* - Rapport annuel de gestion, page 14.
1. Selon le ministère des Transports et de la Mobilité durable du Québec (MTMD), le réseau routier compte plus de 31 000 km de chaussées, dont 6 000 km d’autoroutes et 9 000 km de routes nationales. Ce réseau s’étend sur un immense territoire, pour un bassin de population limité. Une attention particulière est portée aux routes à fort débit, qui sont sujettes au phénomène d’orniérage (traces permanentes creusées dans la chaussée). Le réseau routier supérieur québécois est constitué de près de 5 700 structures, dont l’âge moyen est de 41 ans. De 2009 à 2022, la proportion de ces structures en bon état est passée de 61,8 % à 77,6 %. Le MTMD tient à préciser qu’il y a certains risques à faire réaliser des analyses comparatives par différents organismes, puisque ceux-ci n’utilisent pas les mêmes définitions.
2. En moyenne, le MTMD investit chaque année près de 10 M$ dans la réparation de nids-de-poule et utilise près de 15 000 tonnes d’enrobé pour effectuer des travaux de rapiéçage.
3. Le Québec autorise l’utilisation de pneus à crampons, contrairement au secteur sud de l’Ontario, afin de minimiser les risques d’accident dans les conditions hivernales propres à la province. Ce type de pneu contribue toutefois fort probablement à la dégradation plus rapide des revêtements. Le MTMD mène présentement un projet de recherche visant à déterminer l’impact de l’utilisation de ces pneus sur les chaussées.
4. Chaque année, le MTMD rafraîchit environ 85 000 km de lignes de marquage avec une peinture à base d’eau. Sur les nouvelles chaussées en enrobé bitumineux ou en béton, le MTMD utilise des produits à base de résine époxydique (époxy) pour le marquage d’environ 4 000 km de lignes. Après le 15 octobre et pour les travaux provisoires en saison hivernale, moins de 1 000 km de lignes sont tracées avec une peinture alkyde. Les microbilles de verre ajoutées aux produits de marquage agissent comme de petits miroirs qui rétroréfléchissent la lumière des phares vers l’œil du conducteur, rendant les lignes plus brillantes. Puisque le déneigement élimine ces microbilles de verre, le marquage est à refaire après l’hiver. Grâce à la technique consistant à appliquer le produit de marquage dans une incrustation (rainure), celui-ci est protégé des opérations de déneigement et du passage des véhicules, ce qui augmente du même coup sa durabilité. Cette technique est cependant réservée aux chaussées dont le débit journalier moyen annuel (DJMA) est supérieur à 50 000 véhicules/jour.
5. Le MTMD s’est doté d’une stratégie de planification des interventions en conservation des chaussées afin de maximiser les retombées à long terme des investissements. Le défi consiste à investir sur la bonne chaussée, au bon moment et avec la bonne technique au moyen d’une planification optimale des interventions et d’éviter de tomber dans le réflexe du « pire en premier ».
6. Afin de déterminer le type de chaussée (enrobé ou béton) qui représente le meilleur investissement à long terme, le MTMD se fie à l’orientation ministérielle sur le choix des types de chaussées. Le meilleur investissement à long terme est basé sur des analyses économiques, sociales et environnementales. Par conséquent, certains critères comme l’évolution des coûts ayant une influence sur le rendement de l’investissement, les conditions de trafic, l’amélioration des connaissances et de l’expertise ou encore l’effet des types de chaussées sur l’environnement sont pris en compte dans le choix final.
7. Le recyclage et la réutilisation des revêtements routiers sont un sujet d’intérêt pour le MTMD. Il est indéniable que le recyclage de ces matériaux présente de nombreux avantages, tant du point de vue environnemental que financier. Dans un contexte de développement durable, cette pratique ne doit toutefois pas se faire au détriment de la qualité et de la durabilité des nouveaux revêtements routiers. Des dispositions figurent déjà dans les documents contractuels du Ministère afin que ces revêtements routiers puissent être utilisés pour la fabrication d’enrobé à chaud, dans le cadre de procédés de recyclage à froid in situ et de retraitement en place des enrobés ainsi que comme matériaux granulaires.
8. Au cours de la période 2024-2026, 1,5 G$ sera investi dans des projets visant à assurer le bon état des chaussées. Le MTMD planifie les interventions selon les principes modernes de saine gestion des actifs routiers. Cette planification repose sur cinq volets complémentaires :
Déclencher immédiatement des travaux sur les chaussées dont l’état du revêtement pourrait compromettre la sécurité;
Réaliser des travaux préventifs qui visent à préserver les chaussées en bon état et à prolonger leur durée de vie utile à l’aide d’interventions économiques;
Réaliser les interventions de réhabilitation mineure dont le rapport-bénéfice/coût est élevé selon la durée de vie résiduelle des chaussées;
Réaliser les interventions de réhabilitation majeure dont le rapport-bénéfice/coût est élevé selon la durée de vie résiduelle des chaussées;
Limiter les travaux qui répondent à d’autres considérations et impondérables par des interventions qui ne cadrent pas dans les autres volets.
La plupart des infrastructures routières du Ministère ont été construites dans les années 1960 ou 1970. Durant plusieurs années, peu importe l’administration en place, le réseau du Québec a connu un déficit d’investissements et d’entretien.