Mémoire présenté par CAA-Québec à Alto dans le cadre de la consultation publique portant sur le projet de réseau de trains à grande vitesse entre Québec et Toronto
Préambule
CAA-Québec est un organisme à but non lucratif fondé en 1904 qui a fait de l’assistance sa raison d’être. L’organisation offre une étendue de services d’assistance dans des secteurs variés (mobilité, voyage, habitation, assurances) en misant sur une approche humaine. Engagé socialement, l’organisme agit au quotidien pour défendre les intérêts de ses membres. Et, en respect de ses valeurs de fiabilité et de bienveillance, il incite à une consommation responsable et à la promotion de la sécurité routière.
Introduction
C’est avec grand intérêt que CAA-Québec a pris connaissance des documents publiés dans le cadre de la consultation publique portant sur le projet de réseau de trains à grande vitesse entre Québec et Toronto.
De prime abord, plusieurs bénéfices liés à la construction de ce réseau peuvent constituer une solution à des préoccupations importantes pour l’organisation et son 1,3 million de membres, soit la réduction des temps de déplacement, de la congestion routière et des émissions de gaz à effet de serre (GES) ainsi que l’amélioration de la sécurité des déplacements.
Le concept de mobilité a évidemment évolué au fil des ans, et CAA-Québec s’y est adapté en le gardant sans cesse au cœur de sa mission. Lorsque tout était à bâtir en cette matière, au moment de la création de l’organisme, ce dernier militait pour le développement du réseau routier. Aujourd’hui, il soutient l’amélioration des diverses infrastructures de transport, l’utilisation rationnelle de l’automobile, les énergies de substitution et l’implantation de solutions de rechange efficaces à l’auto solo. En ce qui a trait à la sécurité routière, CAA‑Québec est un acteur engagé qui mène des actions de sensibilisation et d’éducation dans l’objectif de réduire le nombre et la gravité des collisions et, ultimement, de sauver des vies.
C’est pourquoi CAA-Québec est favorable au projet de réseau de trains à grande vitesse entre Québec et Toronto.
Une solution de rechange concrète pour les déplacements interurbains
Actuellement, un individu qui désire se déplacer dans le corridor Québec-Toronto a quatre possibilités : l’automobile, l’autobus, l’avion et le train. Chacune de ces options vient avec certaines contraintes.
1. L’automobile
En 2019, le groupe VIA-TGF mentionnait que la grande majorité des trajets dans le corridor Québec-Toronto étaient effectués en automobile.
Or, selon une étude de l’Association canadienne des automobilistes (CAA) portant sur les principaux points d’engorgement au Canada publiée en 2017, 16 des 20 pires goulots d’étranglement au pays se retrouvent à Toronto, Montréal et Québec1. Alors qu’elles totalisent à peine 61 kilomètres, chaque année, ces artères font perdre 11 millions d’heures aux automobilistes, leur font gaspiller 20 millions de litres d’essence, génèrent 54 000 tonnes de GES excédentaires, coûtent 278 millions en retard et semblent empirer en congestion, selon 62 % des automobilistes sondés.
Par ailleurs, dans un rapport publié en 20182, la CAA mentionne que les pannes et les collisions sont la première cause de congestion routière.
Bref, même si l’automobile représente une option flexible, fiable et confortable pour effectuer des déplacements dans le corridor Québec-Toronto, ceux-ci peuvent être allongés en raison de la congestion routière, qui coûte des centaines de millions de dollars en temps et en productivité. Par surcroît, elle entraîne des coûts environnementaux ainsi que des charges sociales liées aux collisions.
2. L’autobus
L’autobus circule sur le réseau routier au même titre que l’automobile. La congestion routière diminue donc aussi l’efficacité de ce moyen de transport en plus d’engendrer également des coûts sociaux et environnementaux.
Aussi, cette option offre moins de flexibilité qu’un véhicule personnel parce qu’elle propose un nombre de départs limité pour les trajets les plus longs dans le corridor (Québec-Ottawa et Québec-Toronto).
Afin d’avoir une idée du temps de trajet, du coût et du nombre de départs quotidiens que représente cette option dans le corridor Québec-Toronto, CAA‑Québec a relevé les données suivantes sur le site d’Orléans Express pour un aller simple prévu pour le mercredi 29 avril 2026.
Trajet | Durée | Coût | Nombre de départs |
Québec - Montréal | 3h à 3h50 | 67,70 $ | 15 |
Québec - Ottawa | 6h05 à 11h10 | 125,95 $ | 5 |
Québec - Toronto | 11h40 à 16h55 | 152,74 $ | 2 |
À noter : les voyages de très longue durée entre Québec et Ottawa de même que Québec et Toronto comportent un temps d’attente de 5h45.
Malgré ce qui précède, ce moyen de transport peut s’avérer intéressant pour les personnes qui ne désirent pas conduire ou qui souhaitent travailler pendant la durée du déplacement.
3. L'avion
L’avion permet de relier les villes du corridor Québec-Toronto tout au plus en 1h40, mais ce mode de transport a un coût pour le consommateur, comme le démontre le tableau ci-dessous, en plus d’avoir un effet très important sur l’environnement.
Liaison | Durée | Coût |
Québec - Montréal | 50 minutes à 1h05 | 370 à 761 $ |
Québec - Ottawa | 1h05 | 415 $ |
Québec - Toronto | 1h35 à 1h40 | 374 $ |
Le coût prévaut pour un aller simple en classe économique prévu pour le mercredi 29 avril 2026 à bord d’un vol sans escale à destination de l’aéroport international Montréal-Trudeau (YUL), de l’aéroport international Macdonald-Cartier d’Ottawa (YOW) et de l’aéroport international Lester-B.-Pearson de Toronto (YYZ). La cueillette des données a été effectuée le mardi 21 avril 2026.
Cette option devient de moins en moins intéressante pour les consommateurs qui disposent de moindres moyens financiers, puisque le coût de la vie augmente plus rapidement que la hausse des salaires et que les changements climatiques menacent de plus en plus notre qualité de vie.
4. Le train
Les trains furent d’une importance capitale pour le développement économique de notre pays et le transport des personnes d’un océan à l’autre. Malgré cela, le Canada demeure aujourd’hui le seul pays du Groupe des sept à ne pas avoir de train à grande vitesse ou encore de grand chantier pour construire une ligne, comme c’est présentement le cas aux États-Unis.
Par ailleurs, puisque les trains de passagers actuels doivent céder le passage aux trains de marchandises, il ne s’agit pas d’une option fiable et rapide pour relier les grands centres urbains que sont Québec, Montréal, Ottawa et Toronto.
Plus précisément, les retards sont tellement réguliers et fréquents que les agents de voyage de CAA-Québec de la région de Québec et des environs ne recommandent plus le train aux voyageurs pour prendre un vol à partir de l’Aéroport international Montréal-Trudeau. Ils leur suggèrent plutôt de prendre l’autobus ou un vol à partir de l’Aéroport international Jean-Lesage. De plus, il est devenu hasardeux pour ceux qui se déplacent par affaires de choisir ce mode de transport.
Comme pour l’autobus et l’avion, CAA-Québec a noté ci-dessous le coût et la durée d’un trajet en train de la gare Centrale de Québec en direction de Montréal, Ottawa et Toronto prévu pour le mercredi 29 avril (aller simple en classe économe).
Trajet | Durée | Coût | Nombre de départs |
Québec - Montréal | 3h08 à 3h22 | 58 à 83 $ | 5 |
Québec - Ottawa | 5h35 à 6h04 | 65 à 105 $ | 4 |
Québec - Toronto | 10h39 à 12h01 | 158 à 183 $ | 4 |
Compte tenu du peu de fiabilité du transport ferroviaire actuel, et parce que les coûts et la durée estimée des trajets en train sont similaires à ceux de l’autobus, il n’est pas étonnant que les consommateurs se tournent vers ce dernier pour leurs déplacements dans le corridor Québec-Toronto lorsqu’ils ne souhaitent pas utiliser l’automobile.
Un projet qui séduit…
Le projet de réseau de trains à grande vitesse entre Québec et Toronto a de quoi plaire grâce à des avantages comme le gain de temps, une fiabilité accrue, la réduction de la congestion et l’amélioration globale des déplacements. L’idée séduit d’ailleurs autant CAA-Québec que ses membres.
Dans un sondage maison effectué en mars 20253, la grande majorité des membres de l’organisation s’est dite en accord (68 %) avec le projet de construction d’une ligne de train à grande vitesse qui reliera Québec et Toronto. Il est à noter que le taux d’approbation envers le projet est supérieur (76 %) pour les répondants ayant voyagé hors du Québec, particulièrement ceux qui ont voyagé hors Canada et États-Unis dans les 12 derniers mois qui ont précédé l’administration du sondage.
…mais cet appui demeure conditionnel
Même si CAA-Québec se montre favorable au projet de réseau de trains à grande vitesse entre Québec et Toronto, il insiste sur certains aspects auxquels Alto devra réfléchir afin de mener à bien ce projet majeur.
1) Les coûts et la gestion du projet
Comme il s’agit d’un projet d’une très grande envergure, le coût estimé de construction du projet représentera sans aucun doute plusieurs milliards de dollars. À ce propos, certains experts avancent la somme de 100 milliards de dollars. Les documents publiés dans le cadre de la présente consultation ne contiennent toutefois aucune évaluation des coûts.
Pour CAA-Québec, il est impératif qu’Alto soit d’une grande transparence et très réaliste quant à l’estimation des coûts de construction et d’exploitation du projet, car il en va de l’adhésion de la population et de la bonne gestion des deniers publics.
2) L’importance du choix du trajet et de la localisation des gares
Certaines personnes ou certains groupes s’opposent déjà au tracé même s’il n’est pas encore définitif. Aussi, d’autres se questionnent sur la pertinence de prévoir des gares à Trois-Rivières, Laval et Peterborough parce que s’il y a beaucoup d’arrêts, le TGV ne pourra que rarement atteindre sa pleine vitesse. Puisqu’aucun projet ne peut faire l’unanimité, l’adhésion de la population à celui de TGV et l’accessibilité de ce dernier seront inévitablement mises à mal. D’où l’importance, selon CAA-Québec, d’identifier et de justifier rapidement le choix d’un tracé définitif ainsi que les villes où des arrêts seront prévus.
CAA-Québec estime aussi que le choix des emplacements où seront construites les gares sera crucial. Celles-ci devront nécessairement être accessibles aux automobilistes et aux usagers du transport en commun. Donc, afin de répéter l’erreur de l’aéroport de Mirabel, des liens routiers et des réseaux de transport structurants existants ou futurs devront donc desservir les gares excentrées. Celles qui seront situées dans les grands centres devront être intégrées parfaitement à la trame urbaine et accessibles aux automobiles ainsi qu’aux transports collectifs et actifs.
3) Une estimation des prix des billets
CAA-Québec suggère à Alto de fournir une estimation du coût envisagé des billets, puisque celui-ci aura un grand effet sur les avantages que représente la construction d’une ligne de TGV entre Québec et Toronto par rapport aux autres moyens de transport actuellement offerts.
L’un des objectifs du projet de réseau de trains à grande vitesse entre Québec et Toronto est d’offrir une solution de rechange avantageuse à l’avion, à l’autobus et à la voiture. Les prix des billets devront être inférieurs à ceux de l’avion et raisonnablement au-dessus des tarifs actuels pour les autobus et les trains de passagers de VIA Rail. C’est seulement ainsi qu’un transfert modal pourra s’opérer entre l’automobile et l’autobus vers le TGV pour soulager la congestion routière et toutes les conséquences qu’elle entraîne.
Conclusion
CAA-Québec soutient le projet de construction d’un réseau de trains à grande vitesse entre Québec et Toronto. Les avantages d’un TGV sont indéniables pour la collectivité : à commencer par la réduction de la congestion routière et des émissions de gaz à effet de serre de même que le gain de temps et l’amélioration de la sécurité des déplacements.
De plus, il s’agit d’une solution de rechange concrète, fiable, rapide et confortable aux moyens de transport existants (automobile, autobus, avion et train) pour les déplacements interurbains dans le corridor le plus achalandé au Canada.
Toutefois, comme les investissements nécessaires à la réalisation de ce projet de grande envergure sont énormes, la transparence et la rigueur seront d’une importance capitale pour le mener à bien et obtenir l’adhésion de la population.
Si, jadis, les trains ont favorisé le développement économique de notre pays, le réseau de trains à grande vitesse le fera entrer dans la modernité.