Étude sur la congestion routière au Canada

Étude sur la congestion routière au Canada

Qui sont les champions des bouchons?

La plupart des études sur la congestion routière en Amérique du Nord ont soutenu, jusqu’à maintenant, que les grandes villes canadiennes étaient celles où il se perdait le plus d’heures et de dollars à cause des bouchons. CAA a décidé d’en avoir le coeur net.

Finalement, il semble que quand on se compare, on se console… À la lecture de l’étude Quand tout s’arrête, une évaluation des pires points d’engorgement au pays qu’a menée la firme CPCS pour le compte de l’Association canadienne des automobilistes (CAA), on constate que les grandes régions métropolitaines canadiennes ne sont pas en tête du palmarès des villes nord-américaines aux prises avec la congestion.

Dans cet exercice qui cible les grandes autoroutes du pays (mais qui exclut les boulevards urbains), les chercheurs n’ont pas pris la vélocité en écoulement libre (la vitesse maximum légale à laquelle on roule quand il n’y a pas pas de trafic) comme vitesse de référence. Ils ont plutôt choisi l’indice pragmatique de la vitesse de débit optimal, qui peut être inférieure à la limite de vitesse, parce que les voitures peuvent alors se suivre de plus près et que, ainsi, les voies accommodent davantage de véhicules. Notez par ailleurs que les sorties ou bretelles d’accès des routes expresses n’ont pas été considérées.

De manière inédite, l’évaluation n’a pas uniquement pris en compte la vitesse des véhicules, dit son auteur Vigay Gill, vice-président adjoint pour CPCS. Exceptionnellement, elle a inclus un second facteur dans cette équation « embouteillage », soit le nombre de véhicules qui passent sur un tronçon donné.

Du coup, l’étude Quand tout s’arrête projette différemment la lumière de ses phares sur les plus importants goulots d’étranglement autoroutiers au pays. Et si les résultats sont plus conservateurs que ceux des autres études connues à ce jour, ils défrisent quand même. Après tout, dit la Federal Highway Administration des États-Unis, les bouchons récurrents seraient la principale cause (40 %) des retards sur le réseau routier, très loin devant les incidents de la circulation (25 %) et les travaux de construction (10 %).

Quelles sont les autoroutes cancres du Québec?

Certes, l’automobiliste montréalais peut penser que les pires bouchons de circulation sont sur les autoroutes 10, 13, 20, 25 ou des Laurentides, soit celles qu’il emprunte matin et soir tous les jours de la semaine. Et il est certain que ces autoroutes ont leur place à « l’index de la frustration personnelle », dit Ian Jack, porte-parole de CAA. Mais au lieu de regarder l’expérience individuelle, l’étude cible plutôt les endroits où l’impact de la mobilité – ou, dans le cas qui nous concerne, l’impact de l’immobilité – touche le plus grand nombre d’automobilistes.

À cet égard, les chercheurs de la firme CPCS s’attendaient à ce que les ponts qui enjambent le fleuve Saint-Laurent et la rivière des Prairies jusqu’à l’île de Montréal figurent bien haut dans le palmarès des 20 autoroutes cancres au pays. Pas du tout !

Dans la réalité mesurée sur le plan de la vitesse (180 millions de relevés sur plus de 15 000 tronçons canadiens !) et de la capacité, ces accès accommodent en moyenne plus de véhicules à toute heure du jour que les pires goulots suivants – qui se trouvent tous sur l’île, fait remarquer l’auteur, M. Gill :

 

Pris dans leur ensemble, ces cinq goulots d’étranglement montréalais entraînent, soutient l’étude, 3,2 millions d’heures de retard par année, soit environ 75 millions de dollars en perte de temps. À lui seul, le plus long tronçon affecté de l’autoroute 40 accapare les deux tiers de ces heures perdues et plus de la moitié des coûts en retard.

Le côté environnemental a également été considéré : « Si ces points d’engorgement étaient résorbés, les automobilistes montréalais consommeraient presque 7 millions de litres de carburant en moins par année et il en résulterait une réduction des émissions de CO2 de 18 000 tonnes annuellement », clame l’étude.

Là où ça fait - vraiment - mal

Le fait que ces cinq tronçons qui figurent au palmarès des 20 pires points d’engorgement au pays se trouvent sur l’île de Montréal – et non sur les ponts pour y accéder – a constitué une première surprise pour les chercheurs. Une autre surprise les attendait : la moitié des 20 pires goulots d’étranglement se trouvent à Toronto. « Nous savions que Toronto et Montréal allaient dominer le palmarès, mais nous ne pensions pas qu’elles allaient rafler les trois quarts des positions », dit M. Gill.

Par contre, autre surprise de l’étude : la ville de Québec est la seule de taille moyenne à s’y retrouver. Elle obtient le 17e rang avec son tronçon d’à peine un kilomètre sur l’autoroute 73 Nord (Autoroute Henri- IV), entre le chemin des Quatre-Bourgeois et la sortie pour le boulevard du Versant-Nord et le chemin Sainte- Foy. « Nous avons amassé nos données pendant deux semaines pour chaque trimestre de 2015, explique Vigay Gill, afin de refléter les variations saisonnières et les périodes de construction routière. Mais il semble que cette portion de l’autoroute 73 ait été en constante réparation tout au long de l’année. ». Sans ces travaux, on peut supposer que la capitale québécoise ne figurerait pas au tableau.

Comparer les pommes canadiennes avec les américaines

Cette étude canadienne inédite reprend la méthodologie d’une étude menée par la même firme sensiblement au même moment aux États-Unis. Elle permet « enfin de comparer des pommes avec des pommes », dit M. Gill.

Et, surprise encore compte tenu des conclusions contraires d’études précédentes, les chercheurs ont constaté que la congestion de ce côté-ci de la frontière n’est pas pire que chez l’Oncle Sam. Au palmarès des 20 goulots d’étranglement canado-américains, Montréal ne retrouve son autoroute 40 (entre le boulevard Pie-IX et l’autoroute 520) qu’au 18e rang, avec des retards comparables à ceux de Boston (au 17e rang).

Les deux pires points de saturation canadiens, ceux de Toronto, se situent non pas en tête du palmarèscanado-américain, mais plutôt au 9e rang (autoroute 401) et au 14e rang (Don Valley Parkway), avec des résultats qui se comparent respectivement avec ceux de New York (le tunnel Lincoln) et de San Francisco (le pont d’Oakland Bay).

De ce même palmarès canado-américain, les positions de tête sont pratiquement toutes occupées par des autoroutes de Los Angeles. Mais le triste premier rang l’est par les 20 kilomètres de l’Interstate 90 au nord de Chicago. C’est là le pire point du continent avec 17 millions d’heures perdues annuellement.

Et Vancouver, dans tout ça ? Bien qu’elle occupe 4 des 20 positions peu enviables du palmarès canadien, la métropole de l’Ouest ne f igure même pas au tableau des 35 pires goulots nord-américains. Pareil classement de nos villes canadiennes est contraire aux autres études qui, comme celle que fait chaque année le fabricant de GPS TomTom (Traffic Index), placent Vancouver (4e rang), Toronto (8e rang), Montréal (11e rang) et même Ottawa (14e rang) parmi les 15 villes nord-américaines les plus congestionnées.

Vigay Gill l’admet : « Ne nous méprenons pas : de la congestion sur l’autoroute 401, sur l’autoroute 40 et sur Décarie, il y a en a. Mais il semble que leurs périodes médianes et leurs périodes creuses permettent une circulation plus fluide que leurs contreparties américaines. »

Prochaine étape: les solutions

Cette étude constitue, pour CAA, une première étape. La suivante est une seconde évaluation, déjà commandée au groupe CPCS, pour dégager des solutions propres à chaque goulot. « Ce ne sont pas les gestes spectaculaires qui comptent, mais bien l'efficacité. Et c'est aussi ce qui nous permet de dire que l'argent public est bien géré », estime Mme Sophie Gagnon, vice-présidente Communications et affaires publiques chez CAA-Québec. Est-ce que ce sera la régulation des rampes d’accès avec des panneaux d’arrêt ou des feux de circulation, comme à Los Angeles ? Plus de voies réservées pour le covoiturage afin de maximiser la capacité des autoroutes ?... La seconde évaluation les déterminera pour chacun des 20 points névralgiques canadiens. Lesquelles s’avéreront intéressantes ? Il s’agit d’un dossier à suivre.

LE SAVIEZ VOUS ? Pris dans leur ensemble, les 20 pires points de saturation au Canada entraînent : près de 12 millions d’heures perdues ; un coût annuel en retards de 287 millions de dollars ; quelque 22,3 millions de litres d’essence gaspillés – soit l’équivalent de 446 000 visites à la pompe ; et le rejet inutile de près de 60 000 tonnes de CO2.

 

 

Par Nadine Filion

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