Avec ses coupe-vapeur, ses portes et fenêtres performantes et ses joints bien scellés, la maison étanche d’aujourd’hui ne laisse pas beaucoup passer d’air! Cette qualité, étrangement, devient une lacune dans certains cas : lorsqu’elle favorise la pression négative, par exemple.

 

Quelques explications

Chez vous, quand les ventilateurs mécaniques (hotte de cuisinière, sécheuse, ventilateur de salle de bain…) fonctionnent, ils aspirent l’air dont ils ont besoin et l’évacuent à l’extérieur. En principe, le vide que ces appareils créent est aussitôt comblé par une infiltration naturelle d’air à travers les failles du bâtiment. C’est ce que l’on appelle l’air de compensation. Dans les maisons trop étanches, ce rééquilibre ne se produit pas de lui-même. Il se crée alors une pression négative à l’intérieur; on parle aussi de dépressurisation ou d’effet de succion.

 

Les appareils à combustion et leur cheminée – foyers, poêles à bois ou systèmes de chauffage central au gaz, au mazout ou au bois – contribuent également à amplifier cet effet de succion; le problème est même accentué s'ils ne sont pas scellés et qu’ils ne disposent pas de leur propre prise d’air comburant (qui alimente la combustion) venant de l’extérieur.

 

Impacts d’une dépressurisation

La pression négative entraîne son lot d’inconvénients à la maison, certains étant plus graves que d’autres :

 

  • Une ventilation déficiente – Les ventilateurs des différentes pièces évacuent plus faiblement lorsque le débit de l’air de remplacement est lui-même faible. On observe alors une piètre qualité de l’air.
  • Un refoulement de cheminée ou une mauvaise combustion –  Les appareils de chauffage qui aspirent l’air intérieur sont plus sujets au refoulement. Dans un bâtiment étanche, le simple fait d’utiliser la sécheuse ou la hotte de cuisinière peut inverser le tirage de la cheminée : la pièce où elle se trouve s’emplira de fumée, d’odeurs ou d’air froid.

Conseils : si vous améliorez l’étanchéité de votre propriété, munissez votre appareil de chauffage à combustion d’une prise d’air extérieure ou, si ce n’est pas possible, changez de modèle. Assurez-vous aussi que le conduit qui achemine l’air extérieur soit isolé, afin de limiter le risque de formation de condensation.

  • Des portes et fenêtres gelées – L’air froid fortement aspiré vers l’intérieur peut entraîner la formation de glace lorsqu’il entre en contact avec les surfaces chaudes des contours de portes et fenêtres, et bloquer ainsi leur ouverture.
  • Des infiltrations accrues de radon – Présent naturellement dans le sol, ce gaz radioactif peut s’infiltrer au sous-sol. La pression négative de la maison peut faire augmenter son taux d’infiltration… une hausse loin d’être souhaitable, car l’exposition au radon comporte des risques pour la santé pulmonaire.

Exigences en construction

Actuellement, la réglementation impose la présence d’un dispositif d’air de compensation s’il y a un appareil de combustion (au gaz, au mazout ou au bois) non scellé dans la maison. Le dispositif doit procurer de l’air chauffé ainsi qu’un volume d’air égal à celui évacué; il peut ainsi permettre le bon fonctionnement des appareils et empêcher le refoulement des gaz de combustion dans la maison.

 

La présence d’un compensateur est aussi exigée dans les habitations situées dans les régions où les émanations de gaz souterrains (comme le radon) posent un problème et qui sont dépourvues d’un système actif d’atténuation de ces gaz.

 

Des solutions en tous genres

Le problème de la pression négative doit être pris au sérieux. Voici des moyens de surveiller et de corriger la situation.

 

Règles de vie dans une maison étanche

Il faut apprendre à vivre dans une maison étanche :

 

  • Résistez à la tentation d’installer une hotte de cuisinière ou des ventilateurs plus puissants que nécessaire. Une hotte trop puissante peut même vous obliger à entrouvrir une fenêtre pour permettre à l’appareil de bien aspirer.
  • Évitez de faire fonctionner trop de ventilateurs en même temps.
  • Restez attentif à la qualité de l’air ambiante et, au besoin, corrigez la situation sans tarder.

 

Une dégradation de la qualité de l’air constitue une menace pour la santé des occupants de la maison, mais aussi pour l’état de cette dernière.

 

Bon à savoir

Ne comptez pas sur votre échangeur d’air pour compenser l’air évacué par les autres ventilateurs. Ce travail n’est pas dans ses cordes : son rôle se limite à évacuer un volume d’air vicié et à le remplacer par un volume semblable d’air neuf.

 

L’ajout d’une prise d’air extérieure fonctionnant à gravité (sans ventilateur) n’est pas non plus une avenue. D’une part, une telle installation ne respecte pas les codes de construction. D’autre part, il faudrait utiliser un tuyau de 25 à 30 cm de diamètre (environ 10 à 12 po) pour répondre minimalement à la demande… et encore, si la direction des vents est favorable!

 

Compensateur d’air, à la rescousse!

Dans certains cas, mettre fin à la pression négative nécessite un équipement adapté, capable de compenser le volume d’air évacué de la maison. Au Québec, quelques fabricants d’appareils de chauffage se sont penchés sur le problème et proposent déjà des solutions, tels des ventilateurs compensateurs d’air munis d’éléments chauffants.

 

Appelés « chaufferettes d’air frais » ou « unités d’apport d’air frais », ces compensateurs aspirent l’air venant de l’extérieur et le préchauffent. Ils peuvent distribuer l’air préchauffé directement à l’intérieur ou à travers un réseau de conduites de chauffage centralisé. L’intensité des éléments chauffants s’adapte au débit de l’air qui circule à travers le compensateur – question d’éviter le gaspillage d’énergie. Un spécialiste en ventilation pourrait vous conseiller et installer au besoin un tel système.

 

Quoi que vous fassiez, l’important, c’est de rester vigilant. Pour votre mieux-être et celui de vos proches, ne laissez pas la pression négative causer des dommages chez vous!

 

Nous tenons à remercier monsieur Patrice Lévesque, de Novamech, ingénieur mécanique spécialisé en ventilation et co-auteur du « Guide des bonnes pratiques en ventilation » produit par la CMMTQ (Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec) et la CETAF (Corporation des entreprises en traitement de l’air et du froid).



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